Quand on vit au quotidien avec des sibériens, comme nous depuis 2018 dans notre duplex toulousain, on finit par se poser la question : d'où vient ce chat qui ressemble à un petit fauve, dort comme une peluche et vous suit comme un chien ? La réponse se trouve à des milliers de kilomètres de Toulouse, dans les forêts de Russie. Voici l'histoire de la race, telle que nous aimons la raconter aux familles qui nous rendent visite.
Le sibérien fait partie de ce que les félinotechniciens appellent les races naturelles : il n'a pas été fabriqué par des croisements humains, il existait avant qu'on ne s'intéresse à lui. Depuis des siècles, des chats à la fourrure épaisse vivent autour des fermes, des isbas et des marchés de Russie, de l'Oural à la Sibérie. Excellents chasseurs, appréciés pour protéger les réserves de grain des rongeurs, ils apparaissent dans le folklore et les contes populaires russes bien avant d'avoir un standard officiel. Personne ne les a sélectionnés sur catalogue : c'est l'hiver qui s'en est chargé.
Pendant tout ce temps, seuls les chats les plus solides, les plus malins et les mieux fourrés survivaient et se reproduisaient. Des siècles de cette sélection impitoyable ont produit le chat que vous connaissez : ossature puissante, triple poil isolant, santé de fer et intelligence pratique. Quand nous parlons de la rusticité du sibérien sur notre page de présentation de la race, c'est de cet héritage qu'il s'agit — et nous le retrouvons, intact, chez chacun de nos chats.
Paradoxalement, c'est très tard que le sibérien est devenu une race « officielle ». En Union soviétique, l'élevage félin de race n'existait pratiquement pas, et ces grands chats des forêts restaient des compagnons de ferme sans papiers. Tout change à la fin des années 1980, avec l'assouplissement du régime : les premiers clubs félins russes voient le jour, les premières expositions sont organisées, et les passionnés de Moscou et de Saint-Pétersbourg entreprennent de recenser ces chats et de rédiger un premier standard. Le sibérien devient alors l'emblème félin de la Russie, un peu comme le maine coon l'est devenu pour l'Amérique ou le chat des forêts norvégiennes pour la Scandinavie — trois cousins de climat rude, d'ailleurs, que le public confond souvent.
Au début des années 1990, les premiers sibériens quittent la Russie pour les États-Unis et l'Europe de l'Ouest. Les grandes fédérations félines internationales reconnaissent progressivement la race au cours de cette décennie, et la France suit le mouvement : le LOOF, qui tient le livre des origines de tous les chats de race français, enregistre aujourd'hui le sibérien et délivre les pedigrees qui garantissent ses origines. Tous nos chatons partent ainsi avec leur pedigree LOOF — c'est ce document qui atteste qu'un chat est réellement un sibérien, et non un chat de gouttière à poil long.
La popularité de la race en France a ensuite été portée par une découverte qui nous concerne directement : de nombreuses personnes allergiques tolèrent le sibérien bien mieux que les autres chats, en raison de son faible taux de protéine Fel d 1. C'est d'ailleurs ce qui a amené beaucoup de nos adoptants jusqu'à nous — et ce qui nous a conduits à proposer des tests d'allergie à la chatterie. Si c'est votre cas, le mieux est de venir le vérifier au contact réel de nos chats : vous pouvez prendre rendez-vous pour une visite directement en ligne.
Impossible de raconter le sibérien sans évoquer son frère aux yeux bleus. Dans la région de Saint-Pétersbourg, traversée par le fleuve Neva, des sibériens porteurs du gène colorpoint — celui qui donne le masque, les extrémités colorées et les yeux bleus — ont été intégrés aux programmes d'élevage russes. On les a baptisés Neva Masquerade : littéralement, « mascarade de la Neva », en référence aux bals masqués de la ville. Même race, même fourrure, même caractère, mais une robe spectaculaire où le masque contraste avec le corps clair.
Selon les fédérations, le Neva Masquerade est considéré comme une variété de couleur du sibérien ou jugé à part, mais pour nous, éleveurs, c'est une seule et même famille : nos portées toulousaines réunissent des chatons Neva Masquerade et des sibériens traditionnels, parfois dans la même fratrie. Petit détail que nous adorons montrer aux visiteurs : les chatons Neva naissent entièrement blancs, et leurs couleurs se révèlent au fil des semaines, comme une photo qui se développe.
On pourrait croire que tout cela n'est que de la culture générale. En réalité, l'histoire du sibérien explique presque tout ce que vous vivrez avec lui. Sa santé robuste et son espérance de vie confortable ? La sélection naturelle des forêts russes. Sa fourrure qui s'entretient presque toute seule et sa mue de printemps mémorable ? Le cycle des saisons sibériennes. Son attachement à ses humains ? Des siècles de vie aux côtés des fermiers, dans la maison et non dans la grange. Quand vous caressez un sibérien, vous touchez un morceau de cette histoire — et croyez-nous, après toutes ces années et 12 000 abonnés qui suivent nos chats sur Instagram, l'émerveillement ne s'use pas.
Notre travail d'éleveurs, modestement, consiste à transmettre cet héritage intact : choisir des lignées saines, respecter le standard, et confier nos chatons à des familles qui sauront les aimer. La suite de l'histoire du sibérien s'écrit peut-être chez vous.